La rupture entre le Pentagone américain et Anthropic n’est pas encore définitive. Anthropic tente un ultime effort pour rester en bons termes avec le Pentagone.
Vendredi dernier, le département de la Défense des États-Unis (ou de la Guerre depuis que Trump est aux commandes) a impitoyablement mis Anthropic sur la touche après un différend éthique. Anthropic a ainsi non seulement perdu son exclusivité au sein du gouvernement américain, mais a même été étiqueté comme un risque pour la sécurité nationale. OpenAI a saisi sa chance et a repris le contrat en un rien de temps.
Malgré les nombreux mots durs que les deux camps se sont lancés, la rupture n’est pas encore définitive. Le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, serait à nouveau autorisé à s’asseoir à la table des négociations au Pentagone, selon le Financial Times. Amodei espère ainsi trouver malgré tout un compromis sur l’utilisation militaire de ses modèles d’IA.
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Discussion éthique
C’est précisément sur ce point qu’Anthropic s’est heurté au Pentagone. Anthropic était le partenaire IA exclusif du ministère, mais souhaitait imposer certaines conditions dans le contrat que le Pentagone n’a pas acceptées. D’un point de vue éthique, ces conditions ne semblaient pourtant pas déraisonnables : pas de surveillance de masse ni de développement d’armes autonomes.
Le chef du Pentagone, Pete Hegseth, a toutefois estimé qu’Anthropic n’avait pas à lui faire la leçon. Le gouvernement déterminerait lui-même ce qui est possible ou non avec la technologie de l’IA. La législation américaine n’impose d’ailleurs aucune restriction stricte sur l’utilisation de l’IA dans un contexte militaire. Anthropic avait jusqu’à vendredi dernier pour céder, mais cela ne s’est pas produit.
Les conséquences ont été rudes pour Anthropic. Le gouvernement a immédiatement placé Anthropic sur liste noire et a qualifié l’entreprise de « risque pour la sécurité » : un déshonneur qui ne revient normalement qu’aux entreprises d’États hostiles. Ironiquement, son remplaçant OpenAI a justement réussi à obtenir les garanties qu’Anthropic demandait.
Reproches mutuels
Anthropic tente maintenant de remettre un pied au sein du gouvernement, mais il est douteux que les négociations se déroulent dans une atmosphère amicale. Des reproches mutuels virulents ont été entendus la semaine dernière. Emil Michael, sous-secrétaire du Pentagone avec qui Amodei devra négocier, a récemment qualifié le PDG d’Anthropic de « menteur doté d’un complexe de Dieu ».
Mais Amodei ne s’est pas retenu non plus. Dans une note interne adressée aux employés, rendue publique par The Information, Amodei a écrit qu’il trouvait toute cette affaire suspecte et que la communication du Pentagone et d’OpenAI était truffée de mensonges. Anthropic aurait été écarté parce que « nous n’avons pas adressé de louanges dictatoriales à Trump », selon Amodei.
Anthropic n’a pas souhaité réagir davantage à l’article du Financial Times. Des millions sont littéralement en jeu pour l’entreprise : le contrat d’IA avec le Pentagone avait une valeur de 200 millions de dollars.
